Français    Nederlands    
 


Philippe Adams (1994)     Print

 Présentation 

Philippe Adams est un pilote automobile belge né le 19 novembre 1969 à Mouscron.  

Philippe Adams a commencé sa carrière en monoplace en 1989 en Formule 3, il y couru quatre ans dans les Championnats de Grande-Bretagne (il s'y classa 2e en 1992, derrière Gil de Ferran, qui fera par la suite une très belle carrière en Indy Car) et du Japon. Durant ces années d'expérience, il en garde des souvenirs intenses, de duels sur la piste avec de futurs pilotes de Formule 1, dont Mika Hakkinen, Damon Hill, Mika Salo, David Brabham... entre autres. Il garde aussi un excellent souvenir de sa participation au championnat de Formule 3 du Japon, pays qui depuis lors le fascine. Là-bas, il y a un véritable engouement de la part du public pour les pilotes de course, qui n'existe nulle part ailleurs dans le monde.

Philippe Adams se lancera dans le championnat de Formule 2 britannique, en 1993, qu'il remporte au volant d'une Reynard 92D. 

En 1994, il s'engage dans le championnat de Belgique de voitures de tourisme (Procar), obtenant une victoire, à Spa, lors du même week-end du Grand Prix de Belgique auquel il participera, et dans le DTM. Après sa courte expérience dans le monde la Formule 1 que nous détaillons ci-après, Philippe Adams, retrouva le Championnat Procar en Belgique, puis courra dans différentes courses d'endurance.

Championnat anglais de Formule 2 : se battre sur et en dehors de la piste. 

Philippe Adams s'illustrera donc en Formule 2 anglaise en 1993, en remportant le titre. Mais ce titre s'est acquit dans la douleur. Philippe a commencé la saison au volant d'une voiture alignée par Robert Synge, patron de l'écurie Madgwick International. La saison commençait sous les meilleurs auspices, puisque Philippe remporta plusieurs courses en début de saison : sur les six premières courses des dix de la saison, Philippe en gagna cinq, et autant de pole-positions.

Mais la présence de Mikke Van Hool dans l'écurie, coéquipier de Philippe, allait envenimer les relations de Philippe avec son écurie, à qui il reprochait de donner tous les moyens et le statut de premier pilote de l'écurie à Mikke, bien aidé par les dollars sonnants et trébuchants que ce dernier apportait. Pour la petite histoire, il faut savoir que Mikke Van Hool est le fils d'un constructeur de bus flamand, dont la marque porte le même nom. Le père Van Hool ayant mis la main au portefeuille pour lancer la carrière de son fils en Formule 2 anglaise, après un début en Formule 3 anglaise assez prometteuse.

Ceci dit, il faut garder l'église au milieu du village : Philippe Adams a aussi bénéficié de la manne familiale pour lancer sa carrière en monoplace, mais, à présent, sa carrière commençait à plafonner. Contraint et forcé, il quitta l'équipe Madgwick de Synge avec grand fracas et rejoignit l'écurie Argo pour les deux dernières courses. Il remporta le titre, malgré des attaques de son ancienne écurie : celle-ci porta plainte pour l'utilisation par Philippe Adams lors de l'avant-dernière manche du championnat à Thruxton (qu'il avait remporté), d'un renfort à l'amortisseur jugé comme non conforme par son ancienne écurie. D'abord déclassé de l'épreuve, Philippe obtenait finalement gain de cause en appel et fut reclassé.

Une arrivée en Formule 1 très controversée. 

Fort de son succès en Formule 2 anglaise, le moment était venu de tenter l'aventure en Formule 1. Après des premiers contacts avec l'écurie Footwork pour disputer au moins 4 GP, contacts qui n'aboutirent malheureusement pas, Philippe Adams noua des contacts avec les représentants de l'écurie Lotus.

Lotus est, en cette mi-saison 1994, en proie à de graves problèmes financiers. Malgré le bon moteur Mugen Honda, les résultats de l'écurie sont décevants et l'argent manque pour les développements nécessaires à la voiture. Pour épauler Johnny Herbert, premier pilote de l'écurie, Lotus n'a plus guère d'autre choix que de recruter des pilotes payants, en tout cas des pilotes qui peuvent apporter une contribution financière non négligeable à l'équipe.  

Sans manager, nouer des contacts avec les écuries n'était pas gagné d'avance. Heureusement, grâce à l'appui et au soutien de Bernie Ecclestone,  les contacts nécessaires purent être faits : Philippe et sa famille étaient attendus en Angleterre par Peter Collins, à Ketteringham Hall, mais il fallait aller vite : pas d'autre choix que de louer un petit avion privé pour rejoindre la Grande Bretagne : sous un temps perturbé, Philippe se souviendra longtemps de ce voyage chaotique en avion, secoué par les éléments, au dessus de la Manche...

L'accord fut trouvé, en début de soirée de ce 15 août 1994, en échange d'un budget conséquent, de l'ordre de 250.000 £, Philippe Adams participerait aux Grands Prix de Belgique, du Portugal et d'Europe (en Espagne, à Jerez), et même si les courses du Japon et d'Australie n'étaient pas au programme, l'accord comportait quand même une option pour l'année suivante !

Dès le lendemain, Philippe eut l'occasion de tester à Silverstone la Lotus 107C du début de la saison, mais sans sa combinaison ni casque personnel, l'essai (20 tours sur la piste mouillée du circuit) se fit avec la combinaison et le casque de Johnny Herbert.

 La Lotus 107C, comme celle employée en essais à Silverstone :


Philippe Adams obtenait enfin la consécration de rouler en Formule 1, de surcroît dans l'équipe qui l'avait toujours fait fantasmer durant sa jeunesse : Lotus ! Pour lui, c'était comme dans un rêve !

Mais le rêve devait se transformer en cauchemar. Après avoir appris qu'un accord avait été trouvé entre Lotus et le pilote belge, beaucoup ont réagi dans les médias, de façon parfois virulente. 

Les premières attaques furent Anglo-Saxonnes,  et l'ancien directeur de son équipe de Formule 2 anglaise, Robert Singe, fut le premier à réagir. Pour lui, il était hors de question que Philippe s'aligne au grand prix de Belgique de Formule 1 tant qu'il n'avait pas payé ses dettes à l'écurie, et il était prêt à faire tout ce qu'il était en son pouvoir pour arriver à ses fins ! Finalement, un accord à l'amiable fut trouvé le vendredi entre les deux parties, mais le mal était fait. 

Cette publicité négative eut malheureusement un effet pervers : outre le fait de déstabiliser mentalement Philippe, les sponsors qui avaient promis leur soutien disparurent les uns après les autres. Ce fut entre autre le cas de Belgacom, entreprise semi-étatique de télécommunications belge (en quasi monopole à l'époque d'ailleurs) : les écussons publicitaires, cousus la veille devaient être retirés de la combinaison de Philippe...

Les critiquent fusaient à présent de toutes parts, on se souviendra d'Alan Jones, champion australien de Formule 1 en 1981, à l'époque du Grand Prix de Belgique 1994 consultant à la télévision australienne, qui cynique, disait que Philippe n'avait rien à faire en Formule 1, malgré la "valise" apportée à l'écurie...

Beaucoup se demandaient d'où venait cet argent, mais finalement n'était-ce pas une affaire privée qui ne regardaient que les membres de la famille Adams ? Certes, le père de Philippe a aidé, mais Philippe a aussi de son côté fait un prêt à la banque de plusieurs millions de francs belges (à l'époque, plus de 150.000 euros), il avait aussi souscrit une assurance-résultats : il se devait de se qualifier au GP et de terminer la course, nous y reviendrons), plus les primes de victoires et de résultat en Procar. Tous les pilotes débutant en Formule 1 ont dû payer leur volant : même Boutsen en 1983. Pourquoi dès lors un tel acharnement ?
Par contre, on a beaucoup parlé des relations privilégiées de la famille Adams avec le milieu politique wallon, qui serait intervenu financièrement pour l'accessit de Philippe en Formule 1 : allégations qui ont été infirmées par l'entourage de Philippe.

Les critiques venaient aussi du fait que le Championnat de Formule 2 d'Angleterre de 1993 était particulièrement peu relevé, et là, objectivement, on ne peut pas donner tort aux détracteurs : on était loin, très loin du plateau particulièrement relevé du Championnat de Formule 3 de 1989 auquel avait pris part Philippe pour sa première saison en monoplace. Enfin, pour clôturer le chapitre, certains mettaient en avant sa trop faible expérience en Formule 1 (quelques dizaines de tours à Silverstone sous la pluie). Argument sans fondement, puisque la super-licence nécessaire à la Formule 1, il l'avait... 

Spa 1994 : un week-end de folie. 

Pas de chance pour le premier week-end de Grand Prix pour Philippe Adams : il se déroulera la plupart du temps sous la pluie... 

La prise en main de la Lotus 109 Mugen-Honda ne s'est pas déroulée de la meilleure façon qui soit :  sur un sol souvent détrempé, sur un circuit exigeant (même si Philippe le connaissait, en tant que "régional de l'étape", mais dans d'autres disciplines) et avec une voiture puissante dont il découvrait les possibilités - et les limites ! -, et qui n'était pas une des Formule 1 du plateau de cette année les plus faciles à piloter, les sorties de pistes et têtes à queue ont été nombreux.

Piloter une Formule 3 ou Formule 2 est une chose, piloter une Formule 1 est encore une autre chose, et sans commune mesure : Philippe Adams s'en est rapidement rendu compte lors des premiers tours de piste sur "son" circuit de Spa.

Lors des essais libres du vendredi, Philippe Adams perdant subitement l'adhérence, crasha la Lotus 109, heureusement sans dommage pour le pilote, mais la voiture était sérieusement touchée. Les mécanos firent néanmoins un boulot extraordinaire pour la remettre en état de fonctionnement pour la suite.

 La Lotus 109, au Grand Prix de Spa :


C'est durant la séance du vendredi que les meilleurs temps furent enregistrés pour les pilotes, à l'exception de Fittipaldi qui n'avait pas pu faire de temps correct ce jour-là. Derrière la pole-position surprise de Barichello sur Jordan (la première de sa carrière), les places en fin de grille furent chères et Philippe fut soulagé d'être devant son ex-compatriote Bertrand Gachot, premier non-qualifié. Philippe Adams sera sur la grille de départ, c'était à présent une certitude !

Le warm-up devait encore donner quelques sueurs froides à Philippe Adams et à son écurie avec une sortie de piste, surpris par une portion humide de la piste, mais l'après-midi s'annonçant plus sèche, tous les espoirs étaient permis. 

Une prise en main de la Lotus 109 délicate :
Compilation des sorties de piste du vendredi (essais libres), des essais, et du warm-up du dimanche matin. 

Philippe Adams ne roulait pas qu'en Formule 1 à Spa ce week-end. Grâce à une dérogation de Bernie Ecclestone (encore lui...), il y était aussi inscrit en Procar, avec Audi, écurie dont il défendait les couleurs en cette saison 1994. Après les essais de Formule 1,  Philippe aura à peine le temps de se présenter au départ de la course... Qu'il remportera, sous la pluie.

Le dimanche c'est aussi la parade, la présentation des pilotes du Grand Prix. Philippe Adams se souvient, lui qui était dans la même voiture que son coéquipier Johnny Herbert, qui n'arrêtait pas de blaguer pour tenter de diminuer la pression de son co-équipier qu'il devinait forte... Philippe s'en souvient, il suivait la voiture des pilotes Ferrari, Gerhard Berger et Jean Alesi, souvenir qui restera marqué à jamais dans sa mémoire...  
A la fin de la parade, lors de l'interview de Paul Raisin du RACB (Royal Automobile Club de Belgique), Philippe a complètement craqué, a fondu en larmes, écrasé par la pression.

En dernière position sur la grille, Philippe Adams, qui, grâce à son assurance sur les résultats en étant sur la grille de départ, était déjà certain de récupérer 15% de son investissement, sentait moins la pression, tout ce qui arrivait maintenant était du bonus. 

Mais l'idée était de terminer le grand prix, histoire de récupérer d'avantage de son investissement d'origine. Pour ce faire, pas de risques inutiles : il allait rouler à 85% de ses possibilités, pour avoir le maximum de chances de terminer le grand prix.

Il fit jeu égal avec David Brabham et Jean-Marc Gounon en ce début de grand prix, prenant même l'ascendant sur ce dernier. Au 16e tour, alors qu'il allait se faire prendre un tour sur les meilleurs, pour éviter de gêner Rubens Barichello, revenu sur lui, il s'écarta un peu trop, son pneu arrière gauche prit une portion de circuit humide et boueuse : dès le virage suivant, en conséquence, Philippe fut surpris et ne put éviter la sortie de piste : c'était fini pour lui : il était hyper déçu... 

Spa 1994, l'intégralité de la course :

 

Suite et fin... de carrière en Formule 1.

Pour le Grand Prix suivant, en Italie, Philippe Adams n'y participait pas : c'était prévu puisqu'il avait d'autres obligations en Procar. Pourtant, avec le recul, Philippe Adams regrette amèrement de ne pas avoir participé à ce Grand Prix. Le moteur Mugen-Honda était parfait pour ce genre de circuit rapide. Il en persuadé encore aujourd'hui : participer à ce Grand Prix d'Italie, et en étant plus ferme avec Audi, lui aurait permit de s'illustrer. La 4e place de Johnny Herbert sur la grille de départ de ce Grand Prix d'Italie ne lui donne a priori pas tort. Mais on ne peut pas refaire l'histoire...

On retrouvera donc Philippe Adams au Grand Prix du Portugal. 
Il s'y qualifiera en 25e position (une place de mieux qu'en Belgique, donc, devant Jean-Marc Gounon). 

Il y fit une course sans grand éclat, victime de crampes musculaires dès la mi-course, mais parvint néanmoins à terminer le Grand Prix, classé en 16e position (17e à l'arrivée mais Olivier Panis, 9e, fut déclassé, pour sabot non conforme). 
Il ne fut malheureusement pas retenu pour le Grand Prix suivant comme prévu à Jerez, Lotus lui préférant Eric Bernard, qui venait de se faire virer de chez Ligier.  Il n'eut par la suite malheureusement plus  aucune opportunité de rouler en Formule 1, et Lotus devait mettre la clé sous le paillasson à la fin de la saison 1994.

Après son départ, il faudra attendre presque 17 ans pour que la Belgique retrouve un représentant en Grand Prix avec Jérôme d'Ambrosio. Avec le recul, on se rend compte de l'exploit pour Philippe Adams d'y avoir été, et de la mesquinerie d'une certaine presse (même belge !) qui s'acharnait sur lui. Sans ça, qui sait ? 

En guise de conclusion, si on peut dire que Philippe Adams a bien acheté son volant chez Lotus, il ne l'a certainement pas volé ! 

Résumé de Philippe Adams en Formule 1 en 1994 (en course)

 

<<<